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ON THE ICE
Thriller américain de Andrew Okpeaha Maclean avec Josiah Patkotak, Frank Qutuq Irelan... (2011 - vostf - 1h36)
Qalli et Aivaaq, deux adolescents de la communauté iñupiaq mènent une vie sans histoire dans une petite ville isolée du nord de l'Alaska jusqu'au jour où,
partis à la chasse au phoque avec un de leurs amis, une dispute se solde par la mort accidentelle de ce dernier.
Paniqués, les deux garçons décident de se débarrasser du corps. Liés par leur sombre secret, rongés par la culpabilité, les deux amis vont être amenés à
explorer les limites de leur amitié et de leur honneur...
Andrew O. MacLean a choisi Barrow, petite ville isolée au nord de l'Alaska, pour réaliser son film. Si il connait cette pacifiste communauté Iñupiaq sur le bout des gants, c'est tout simplement parce qu'il y est né. Un détail qui ne l'empêche pas d'y distiller un parfum de sang, des relents de mensonges, une odeur de remords. Un thriller psychologique qui glace par son authenticité.
Qalli, Josaih Patkotak, et Aivaaq, Frank Qutuq
Irelan, sont deux adolescents comme il en existe une tripotée de millions sur la planète. Ils boivent en rappant et fument en se cachant. Et vice et versa. Entre les deux, ils enfourchent
leurs motos (des neiges ) et vont chasser la gazelle pour passer la soirée ou le phoque pour manger toute la semaine. A l'occasion d'une de ces excursions, un incident éclate, un Iñupat
s'effondre sur la glace et tandis que la neige absorbe peu à peu les stigmates d'un crime confus, Qalli et Aivaaq s'inquiètent, s'interrogent, observent l'immensité du désert de glace qui les
sépare de la civilisation et prennent une décision. Le scénario est tout trouvé. James qui git sur le sol sortait d'une soirée, malgré son alcoolémie il a insisté pour saisir son guidon sans
ce soucier du danger (ici pas de platanes mais de meurtrières crevasses), il a mal manœuvré, brisé la fine couche de glace et s'est fait engloutir par les eaux gelées. Convaincus de la
solidité de l'alibi, les deux amis, confrontés à la fureur désespérée d'un père, les regards suppliants d'une mère et les doutes légitimes d'une petite amie, douteront petit à petit de leur
capacité à assumer la charge d'un tel mensonge. Qalli, réfléchi, responsable et résistant subit les assauts de son père qui cherche à comprendre. Aivaaq, paniqué, paranoïaque et pas serein
pour un sou se laisse submerger par une conscience qui s'alourdit à chaque regard croisé. La communauté, dont le pacifisme va jusqu'à ignorer ce qu'est une prison, connait une effervescence
nouvelle et, dénuée d'expérience en la matière, devra gérer une problème en s'appuyant sur la raison.
Dans un coin du globe où le soleil peut refuser
de ce coucher 24h durant, Andrew O.MacLean dévoile le quotidien d'une jeunesse universelle par ses désirs, unique par son destin. L'apéro est prit en plein jour, la soirée se fait rideaux
fermés et lorsqu'elle s'achève, c'est l'éblouissante lumière d'une étoile qui n'a pas changée d'un iota qui frappe le visage. L'horizon, imperceptible, se fond dans une froide et cruelle
pâleur. Un univers n'offrant que la nuance d'un blanc et que le réalisateur et Lol Crawley, brillant chef
opérateur, emploient avec la même délicatesse pour en retranscrire tantôt le calme, tantôt l'oppression. Le lieu est atypique et sert superbement l'action, mais là n'est pas la seule valeur
ajoutée du film, les acteurs (des locaux n'ayant jamais entendu parler des cours Florent) sont à leur place. Poignants d'authenticité, une aura de réalisme les englobent. Du reniflement d'un
nez qui coule aux sourires bariolés de gerçures douloureuses, les acteurs semblent en improvisation constante, négligeant la caméra qui tourne pour mieux se concentrer sur une affaire qui les
tourmentent. Des premières au dernières minutes on plonge avec délice dans un monde qui n'offre pour seuls repères que les empreintes de pas sur la neige et les trainées de nuages qui
blanchissent un peu plus l'horizon. Le souffle coupé par le spectacle, la gorge nouée par le dénouement, seuls deux mots parviennent encore à s'échapper des lèvres pincés du spectateur :
Merci MacLean.
Par Paul Gevin