Partager l'article ! Les films qui ont marqué 2011: Le phénomène ‘Intouchables’, la surprise d’‘Une séparat ...
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Le phénomène ‘Intouchables’, la surprise d’‘Une séparation’, ‘Drive’ et la révélation Ryan Gosling… L’année cinéma en dix films et autant de tendances.
Intouchables et la crise de
rire
Avouons le, on a tout d’abord été surpris, pour ne pas dire rebuté, par l’annonce d’un triomphe annoncé. La labellisation de tous les cinémas accordée à Intouchables deux mois avant sa sortie, un buzz incroyable et tout le toin toin marketing. Et puis, on a découvert, comme bientôt quatorze millions de Français (Bienvenue chez les Ch’tis a totalisé 20 479 826 entrées), deux comédiens exceptionnels au service d’une histoire vraie (et enjolivée) que, la France en crise, a voulu édifiante.
Un film prétexte à toutes les interprétations, jusqu’à être brandi comme une arme contre Marine Le Pen, a-t-on pu le lire dans Le Monde du 12 décembre dernier. N’en jetez-plus. Le phénomène dépasse, c’est vrai, cette très bonne comédie populaire française qui réactive la tradition des grands duos du cinéma. Une formule qui a toujours bien marché. Bref, malgré des blagues éculées (« Pas de bras, pas de chocolat »), on rit de bon cœur. On regrettera tout de même les débordements de bons sentiments et les clichés sur la banlieue et les quartiers chics de Paris. Mais, peut-on encore l’écrire quand ce film paraît désormais… intouchable ?
Une séparation et l’Iran malgré tout
À chaque année son film surprise. En 2011, il s’appelle Une séparation (près d’un million d’entrées en France), signé Asghar Farhadi, un cinéaste iranien talentueux qui, par chance, jouit d’une relative liberté dans son pays. Ses compatriotes Mohammad Rasoulof et Jafar Panahi ne peuvent pas en dire autant. Menacés par la prison et interdits de tournage, ils ont bravé la censure et réalisé deux films déchirants qui évoquent l’état désastreux des choses en Iran : Au revoir et Ceci n’est pas un film. Le cinéma reste parfois une affaire de résistance.
The Artist
et Polisse, l’amour du risque
Même muet, il fait du bruit. Avec The Artist, Jean Dujardin séduit le temple du cinéma d’auteur (prix d’interprétation à Cannes) et s’apprête à conquérir Hollywood (six nominations aux Oscars). Le film de Michel Hazanavicius prouve surtout que les recettes inédites peuvent séduire le grand public : 1, 5 million de spectateurs pour cette romance tout en silence et en noir et blanc. Dans un autre genre, mais tout aussi inédit, Maiwenn et son nerveux Polisse rassemble plus de 2 millions de spectateurs avec un film qui n’obéit en rien aux règles du spectacle populaire made in France.
Pendant ce temps, les nouveaux Luc Besson (The Lady) et Jean-Jacques Annaud (Or noir) boivent la tasse au box office, tandis que deux versions de La Guerre des boutons s’entretuent. Signe des temps ?
La Guerre est déclarée et la relève du cinéma d’auteur français
Un film sur le cancer d’un enfant ? Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm ont osé raconter leur histoire, celle d’un couple de trentenaires confronté à la maladie de leur fils, à la manière d’une chanson pop. Porté par un buzz fulgurant après sa présentation à Cannes, La Guerre est déclarée a séduit la critique et le public (800 000 entrées et des poussières). Et devrait encore faire parler de lui puisqu’il représente la France à l’Oscar 2012 du meilleur film étranger.
En 2011, le salut du cinéma d’auteur made in France semble passer par les femmes : Céline Sciamma confirme avec Tomboy tout le bien qu’on pensait d’elle depuis Naissance des pieuvres et Mia Hansen-Love continue de faire l’unanimité avec Un amour de jeunesse.
Drive et la révélation Ryan Gosling
Drive, dernière bombe de Nicolas Winding Refn (la trilogie Pusher, Bronson, Le Guerrier silencieux) et Prix de la mise en scène à Cannes, a franchi la barre des 1,5 millions d’entrées en France. Un succès mérité pour le cinéaste Danois et son acteur canadien, Ryan Gosling, qui a lui-même recruté NWR pour conduire le projet. Découvert dans La Faille ou Half Nelson, le blondinet, en apparence lisse comme un capot de voiture qui sort de l’usine, crève ici l’écran. Et le garçon a le bon goût de ne tourner que dans des films intéressants -exception faite de la comédie Crazy stupid love.
Mari au bout du rouleau dans Blue Valentine ou dircom ambigu dans Les Marches du pouvoir, Gosling peut tout jouer. Si sa carrière de chanteur et guitariste au sein du groupe Dead man’s bones ne l’éloigne pas trop des plateaux, et s’il survit au tournage apocalyptique du thriller thaïlandais Only God Forgiven, le nouveau film de Nicolas Winding Refn, l’acteur est promis à un bel avenir à Hollywood.
Omar m’a tuer et le film dossier
On le juge toujours pusillanime quand il s’agit d’évoquer les événements troubles de
l’Histoire récente. En 2011, le cinéma français a bousculé ses habitudes et sorti des tiroirs quelques dossiers dérangeants. L’affaire Omar Raddad dans Omar m’a tuer, de Roschy Zem, la
cauchemardesque affaire d’Outreau dans Présumé coupable, de Vincent Garenq, la prise d’otages de la groote d’Ouvéa dans L’ordre et la morale, de Mathieu Kassovitz. Le résultat ?
Controversé artistiquement et très mitigé au box-office, où seul Omar m’a tuer tire son épingle du jeu. À suivre ? Ben, pas certain…
La Piel que habito et les « grands » auteurs
On les attend toujours au tournant. Eux ? Les « grands » cinéastes,
dont on attend systématiquement le meilleur. En 2011, ils n’ont (presque) pas déçu. Les frères Coen ont signé un somptueux western (True Grit), Pedro Almodovar un sidérant film noir
identitaire (La Piel que habito), les Dardenne un poignant
récit d’initiation (Le gamin au vélo), Kaurismaki un conte de Noël politique inspiré (Le Havre), Woody Allen une agréable comédie anachronique (Minuit à Paris). On en
passe… Au rayon des (inévitables) déceptions, la rédaction d’Evene a boudé la Palme d’or cannoise (The Tree of life, de Terrence Malick) et s’est crêpée le chignon à propos des
nouveaux Moretti (Habemus Papam) et Lars Von Trier
(Melancholia). Mais si tout le monde était d’accord, on s’ennuierait.
Les
Neiges du Kilimandjaro et le retour du social
Ce n’est pas un scoop : la crise sévit, le tissu social part en lambeaux, les
lendemains ne chanteront pas forcément juste ou ne chanterons pas du tout d’ailleurs… En toute logique, certains cinéastes français filment leur époque comme elle va (mal). Avec
Les neiges du Kilimandjaro, Robert Guédiguian
signe l’un de ses plus beaux films et aussi l’un de ses plus conséquents succès au box office.
Philippe Lioret s’attaque au surendettement (Toutes nos envies), Raphaël Jacoulot met en scène la lutte des classes dans un beau film noir (Avant l’aube), Jean-Marc Moutout dépeint un banquier au bout du rouleau (De Bon matin)… Et l’année 2012 n’inversera pas la tendance : dès les premières semaines de janvier, Cédric Kahn (Une vie meilleure), Cyril Mennegun (Louise Wimmer) et Christophe Ruggia (Dans la tourmente) enfonceront le clou sans prendre de gants.
L’exercice de l’Etat et la politique au premier plan
Un an avant l’élection présidentielle, Cannes a voulu marquer le coup. En
sélectionnant La Conquête, premier long-métrage français sur un Président en exercice, et
L’exercice de l’Etat, fiction sur les coulisses d’un ministère, le festival a mis un coup de projecteur sur la politique. Si le film de Xavier Durringer sur la campagne de Nicolas
Sarkozy en 2007 est un soap platement réalisé et au service du Château et de son locataire, L’exercice de l’Etat remporte tous les suffrages.
Sorti en même temps que Les Marches du pouvoir (thriller politique de George Clooney fidèle à une tradition hollywoodienne déjà ancienne), le film de Pierre Schoeller a rassemblé plus de 400 000 spectateurs. Un accueil mérité pour une plongée inédite, parce que fidèle dans la violence inhérente à la vie d’un cabinet ministériel et surtout parfaitement servie par Olivier Gourmet et Michel Blanc.
Le Discours
d’un roi et l’anti-blockbuster
Au début de l’année 2011, un film sans Milou, ni Transformers, ni Harry Potter, a créé la surprise à Hollywood. Le Discours d’un roi a tout raflé aux Oscars en remportant quatre statuettes sur douze nominations, dont les plus prestigieuses : film, réalisateur, acteur principal et scénario original. Colin Firth, en roi d’Angleterre bègue, a ému des deux côtés de l’Atlantique puisque le film de Tom Hooper a dépassé les trois millions d’entrées en France. Autre carton inattendu, Black Swan, entre filme indé et produit de studio, de l’ex-enfant terrible Darren Aronofsky. Ce ‘Chorus Line’ version danse classique qui finit en délire paranoïaque tendance Répulsion de Polanski a fait 2,5 millions d’entrées en France. Et Natalie Portman a réalisé le doublé Golden Globe-Oscar.