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LA TISSEUSE
Film chibois de Wang Quan An, avec Yu Nan (2009 - vostf - 1h32)
Grand prix spécial du jury, Festival de Montréal (2009) Prix Fipresci, Festival de Montréal (2009)
Lily est ouvrière dans une usine de tissu. Entre un travail difficile, un mari qui ne la comprend pas et son jeune fils, elle se sent coincée dans un quotidien terne et sans surprise.
Quand elle apprend qu'elle est gravement malade, Lily décide de tout plaquer et part à la recherche de son premier amour.
La critique de Télérama par Pierre Murat
Au début, ça ressemble à un de ces films comme savait en filmer Zhang Yimou, il y a presque vingt ans, quand il avait du talent. Lily, c'est Qiu Ju, une femme chinoise 2010. Elle est
tisseuse dans une usine où elles sont des centaines à effectuer les mêmes gestes, avec quelques secondes de pause tout justes tolérées par les petits chefs. Le réalisateur les montre harassées,
résignées, prêtes à tout accepter, néanmoins, de peur de se retrouver au chômage. Pour améliorer leurs fins de mois, les plus délurées - et même celles qui le sont moins - s'en vont, le soir,
faire danser des esseulés dans des dancings plus ou moins glauques. Lily s'y résout, contrainte et forcée... Son mari a perdu son emploi : il est vendeur de poisson, désormais. C'est un homme
gentil, mais l'on devine, sans qu'elle ait rien à lui reprocher, que Lily ne l'aime pas. Tous deux se saignent aux quatre veines pour offrir à leur fils des cours de piano - il y fait des gammes
qui, curieusement, ressemblent à un air des Demoiselles de Rochefort, composé par Michel Legrand...
C'est en s'endormant lors d'une de ces leçons de musique que Lily se met à saigner du nez. Diagnostic sans appel : elle n'a plus que quelques mois à vivre. Lily l'apprend, fait mine de l'ignorer
et décide de s'offrir une première - une dernière - escapade : un voyage à Pékin, à la recherche d'un amour disparu, jamais oublié.
Retrouvailles que le réalisateur saisit non plus avec réalisme, mais avec le sens du romanesque qui faisait le charme de son film précédent, Le Mariage de Tuya. Pourquoi ne lui a-t-il jamais
écrit, lui demande-t-elle ? Il a écrit : des dizaines de lettres, demeurées sans réponses. Mais ces lettres, elle ne les a jamais reçues. Qui donc les a subtilisées, jadis ?... Les deux ex-amants
se contemplent, interdits, attendris. Une randonnée dominicale sur une plage les réunit, bref moment de bonheur que Lily emporte et gardera jusqu'à la fin.
Quelques instants de complicité effacent-ils le sentiment d'être passé à côté de sa vie ? Non, mais sur le visage de ses personnages - qu'il observe avec affection -, Wang Quan An laisse deviner
un apaisement possible : la certitude mélancolique d'avoir accepté le destin, à défaut de lui avoir résisté. Et d'avoir donné, dès lors, un sens à la fuite des jours...