Partager l'article ! Joann Sfar dit tout sur Gainsbourg, le film...: INTERVIEW DE JOANN SFAR Partager &nbs ...
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L'auteur du 'Chat du rabbin' met en scène l'icône Gainsbourg dans un film moins biographique qu'allégorique. Dans 'Gainsbourg (vie héroïque)', le
chanteur-compositeur partage la vedette avec ses muses amoureuses autant qu'avec une France versatile.
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Dès les premiers instants de son générique à la fantaisie graphique, Joann
Sfar annonce la couleur : il s'agit là d'un "conte". Avec ce que cela suppose de détours autorisés, de chemins de traverse éloquents, de liberté artistique revendiquée. Le regard que le
nouveau cinéaste pose sur Serge Gainsbourg - le petit garçon, l'homme et l'auteur-interprète - est
empreint de l'admiration qu'il lui portait enfant, lui qui partage avec son sujet des origines slaves, juives et un père musicien. Son approche est alors intime et distante à la fois : entre
portrait éclaté et mise en perspective constante. Joann Sfar envisage Gainsbourg comme un double corps en mouvement à travers les âges - lui et sa part d'ombre incarnée en une longiligne créature
aux traits de caricature antisémite - sur fond d'une déclaration d'amour et de haine à la France et sa société.
Lire la critique de 'Gainsbourg (vie héroïque)'
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Comment avez-vous composé avec les fantômes de la mélancolie qui auraient pu tenter d'infiltrer
votre projet ?
Je crois qu'il n'y a jamais de mélancolie dans mon travail. Il y a beaucoup de tristesse, de rire et de fougue - je l'espère -, mais la mélancolie ne me ressemble pas beaucoup. La
créature, la gueule, est une engeance, pas un fantôme.Elmosnino et Birkin-Gordon sont dans la baignoire, on
entend la vraie voix de Gainsbourg et Birkin et mes comédiens parlent par-dessus. Ce voisinage est voulu : là, il y a des fantômes. Mais lorsque Gainsbourg-
Envisagiez-vous le personnage de Gainsbourg comme une icône ?
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Mon rapport à Gainsbourg est surtout amoureux. C'est quelqu'un que j'aurais rêvé de rencontrer. Je le trouve inépuisable. C'est un archétype nouveau. Il avait une
manière bien à lui de pratiquer la trahison. Il se trahissait en permanence, mais n'était jamais aussi sincère que lorsqu'il essayait de faire la pute. Ça, ça m'intéresse : il y a une
métaphore de l'artiste dans cette envie d'être aimé et de ne jamais y parvenir, dans cette façon de confondre le public et ses copains et de ne pas avoir finalement beaucoup d'amis. Et puis il
représente aussi un trait d'union avec la société française, un lien salubre qui m'intéresse beaucoup. Gainsbourg qui s'approprie 'La Marseillaise', c'est sans doute à la fois l'ennemi de ceux
qui refusent de la chanter et sans doute celui de ceux qui agitent l'identité nationale pour des motifs électoraux. Son idée est de ramener des Noirs et de faire chanter 'La Marseillaise' par un
vieux juif. Je trouve que c'est une jolie manière de solder le traumatisme qu'il a vécu dans son enfance avec l'étoile jaune et cette laideur présumée, héritière à mes yeux des caricatures
antijuives. Sa réponse est anti-communautaire : il ouvre une porte.
Tout le mouvement de votre film consiste précisément à mettre Gainsbourg en relation avec les autres, que ce soit la société française ou les femmes qu'il a aimées. Jamais ou presque vous ne
le filmez seul à l'écran…
Chez moi tout est dialectique. En effet, là tout fonctionne par paire : lui et son ombre, lui et un homme, lui et une femme. Les scènes à trois personnages sont
très rares - ce sont celles avec les parents. J'ai essayé de raconter une histoire d'amour conflictuelle et d'être dans le contresens à longueur de temps en mélangeant le national, le politique,
l'amoureux, l'artistique, l'intime. Pour cela, il ne fallait pas faire de psychologie. Il fallait un héros tragique et c'est en ce sens que Gainsbourg est un héros, par son côté tragique et
non parce qu'il accomplit des choses éblouissantes. Je pensais qu'il fallait le confronter à de grandes figures mythiques dont chacun des actes relève, malgré elles, du politique et de l'art.
Je pense que malgré lui Gainsbourg a modernisé la France.
Et la paire que composent la figure de Gainsbourg et celle de l'antisémitisme, est-ce une autre forme de dialectique ?
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C'était pour moi un enjeu intéressant. Habituellement, mes personnages sont des juifs religieux, ce qui n'est pas du tout le cas ici. Gainsbourg vient d'une famille où l'on n'a aucune éducation
religieuse et tout d'un coup le pays où il est né lui remet une étoile. Tout le film repose sur l'échange qu'il a, enfant, avec l'homme qui lui dit "Tu es pressé de la porter, ton étoile
!" et auquel il répond "Ca n'est pas mon étoile, c'est la vôtre." Sartre disait que c'est
l'antisémite qui fait le juif. Pour moi, c'est le point de départ d'une histoire d'amour passionnelle avec son pays, avec des moments de rencontres et de disputes. Et lors d'un moment de divorce
comme celui du scandale de 'La Marseillaise', il réussit à la faire chanter à toute la salle, y compris aux paras, et quelques mois après, il passe son temps à picoler avec eux. Ce n'est donc pas
du rejet, mais bien une histoire d'amour conflictuelle.
Tout cela a des répercussions sur votre mise en scène. D'où le fait que vous placiez souvent le personnage de Gainsbourg et son
double fantasmé dans un espace relativement large ?
Oui, j'ai voulu filmer son corps tout entier. On travaille sur les corps en permanence en dessin et j'ai voulu faire cela au cinéma, mais avec d'autres outils. Mes
modèles étaient aussi bien Charlie Chaplin, Harold Lloyd que Vittorio Gassman.
La démarche du personnage est très importante. J'ai appris à faire des bandes dessinées en lisant les leçons de théâtre de Louis Jouvet : comment on dit un texte, comment on le découpe, comment on respire et comment on marche.
Il semblerait d'ailleurs que l'axe d'entrée du film ne soit pas la musique, mais davantage la silhouette de Gainsbourg, mise en
perspective constamment…
Je n'ai pas voulu faire la success story d'un chanteur. Gainsbourg est un poète. Au reste, le travail musical du film est énorme. Mais vous avez
raison, l'axe d'entrée n'est pas la musique. Le sujet du film c'est une marche, de l'enfance à la vieillesse et le principal coup de force d'Eric Elmosnino est d'avoir su prendre un personnage à
25 ans et de le lâcher à 60 en étant crédible.
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Voir la galerie photos de 'Gainsbourg (vie héroïque)'
JOANN SFAR dit tout sur GAINSBOURG, le film...
Propos recueillis par Anne-Claire Cieutat pour Evene.fr - Janvier 2010