Partager l'article ! "Hors Satan" à Ciné Lundi 28 Novembre à 18h et 21h: HORS SATAN Film français de Bruno Dumont avec David Dewaele, Alexandra Lema ...
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HORS
SATAN
Film français de Bruno Dumont avec David Dewaele, Alexandra Lemaitre, Aurore Broutin. Sélection officielle, Un Certain regard - Festival de Cannes 2011.
(1h49)
En bord de Manche, sur la Côte d'Opale, près d'un hameau, de sa rivière et ses marais, demeure un gars étrange qui vivote, braconne, prie et fait des
feux.
La fille d'une ferme prend soin de lui et le nourrit. Ils passent du temps ensemble dans le grand domaine de dunes et de bois à se recueillir
mystérieusement au bord des étangs, là où rode le démon...
Les deux films parlent de la foi, de sa force incroyable (elle permet de faire des miracles) et de ses dérives fanatiques (on peut devenir sectaire
ou criminel en son nom). Mais tandis qu’Ordet, bavard et pédagogue, est une profonde méditation sur la foi religieuse, Hors Satan, silencieux et elliptique, est un conte
puissant sur une foi sauvage, à l’état brut. Johannès, le héros de Dreyer est un mystique religieux qui révèle par sa folie la vacuité de la foi de ses contemporains. "Le gars" de Dumont est un
mystique sans Église, qui entend éradiquer le mal qui rôde dans les landes. Il exorcise les possédés – ou guérit les épileptiques, selon la lecture qu’on en fera – en les embrassant sur
la bouche ou en leur faisant l’amour. Il fait justice en tuant ou blessant ceux qui nuisent à la jeune femme qu’il a prise sous sa protection. Il est habité par un élan vital plus que par une
éducation morale ou religieuse. Il ne sait pas, il sent. Il agit de manière instinctive, se sentant sans doute relié à une force supérieure indicible qui lui inspire ses actions.
Le personnage reste paradoxal et déroutant. Il est hors des préceptes sociaux et religieux qui incitent à ne pas tuer, mais il est empreint d’une profonde religiosité. Héritier d’une culture chrétienne (les références à Jésus et aux Évangiles sont nombreuses), il incarne pourtant davantage la figure du surhomme nietzschéen que celle du saint. Il est au-delà du bien et du mal. Il est dans la vie et en exprime tant la bonté que la dureté. Il incarne, à sa manière extrême, une société postchrétienne qui s’est débarrassée de Dieu, du diable et de la morale, mais qui reste hantée par le sacré, le mal et la figure christique.
Foudroyant.