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FOOTNOTE
Film istraélien de Joseph Cedar Shlomo Bar-Aba, Lior Ashkenazi, Aliza Rosen (2011 - vostf - 1h45)
Les Shkolnik sont chercheurs de père en fils. Alors qu'Eliezer Shkolnik, professeur puriste et misanthrope a toujours joué de malchance, son fils Uriel est
reconnu par ses pairs.
Jusqu'au jour où le père reçoit un appel : l'académie a décidé de lui remettre le prix le plus prestigieux de sa discipline. Son désir de reconnaissance
éclate au grand jour.
Footnote est une parenthèse ironique et légère placée au beau milieu d'un univers lourd et complexe. Les études
talmudiques, au départ, ça n'a rien d'amusant. Pourtant, Joseph Cedar, sur fond de compétition père-fils, et de
course à la reconnaissance sociale, arrive à traiter le sujet avec une décontraction qui donne à Footnote des allures de comédie woodyallienne.
Eliezer Shkolnik,
Shlomo Bar Aba, est un puriste, un méticuleux, un perfectionniste qui consacre des années à l'étude d'une note
de bas de page, en extirpe des hypothèses, en tire des conclusions, les jauge à la lumière de son immense savoir, et, quelques années plus tard, si l'homme estime que la vérité ne fait plus
l'ombre d'un doute, publie. Après des décennies à éprouver une découverte fondamentale qu'il était sur le point de faire éclater au grand jour, Eliezer se fait doubler au dernier instant par
un paire indigne qui, par le plus affreux des hasards, tombe sur un document qui réduit à néant ses efforts harassants. Le chercheur chanceux, cette année là, remporte le prix d'Israel et par
la même la haine fidèle solide et sincère d'Eliezer. Depuis, l'homme rumine la défaite qui lui coutât tant et scrute d'un mauvais œil la consécration d'Uriel, Lior Ashkenazi, un fils doté d'un esprit plus fertile mais moins rigoureux. Mais aujourd'hui, Eliezer vient de recevoir
l'appel de sa vie, celui qui fera bientôt de lui l'homme qu'il a toujours rêvé d'être : un membre à part entière des génies récompensés par le prix d'Israël.
Sous l'impitoyable soleil israélien, filtre
astrale qui révèle les fines particules poussiéreuses encombrant l'atmosphère, Joseph Cedar fait souffler une brise délicate, fragile et parfumée, qui file tantôt le blues, tantôt la patate.
Une petite musique légère relève un drame, puis c'est au tour de la mélancolie de ternir une frivolité passagère. Joseph Cedar se plait à nous laisser sprinter, les mains dans le dos et la
tête baissée, vers une évidence. Puis, s'armant d'un sourire en coin, le réalisateur nous prend à contre-pieds, déstabilise et désoriente, et tandis que le spectateur vacillant cherche à
retrouver l'équilibre, les yeux cernés de Joseph s'allument d'une flamme mauvaise, et l'homme applique au spectateur un vilain croche-patte afin de couper court au moindre regain de
certitude. On finit par comprendre que rien n'est parfait, juste, compréhensible et logique. Place donc à l'insupportable courroux d'un hasard bête et méchant. Mais ce genre de traitement ne
sied pas à n'importe quel spectateur, et Joseph Cedar, administrant sans retenue la dose maximale, risque d'éveiller quelques critiques. On peut en effet estimer que l'humour dramatique et le
drame humoristique que ce redoutable carnivore se plaît à ronger jusqu'à la moelle, peut enthousiasmer ceux qui aiment que ça grince, et révolter ceux qui réclament autre chose qu'une note de
bas de page et des os. Mais qu'il attise l'un ou l'autre de ces sentiments, Footnote rassemble par la qualité de la réalisation et celle, incontestable des acteurs.
Par Paul Gevin