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CE N'EST QU'UN DEBUT
Documentaire français de Pierre Barougier et Jean-Pierre Pozzi avec Isabelle Duflocq... (1h35)
Une école de la région parisienne dirigée par Isabelle Duflocq a expérimenté durant deux ans la création d’un atelier de philosophie en classe de
maternelle.
Chaque mois, en cercle autour de la flamme d’une bougie rituellement allumée par la maîtresse, les enfants dialoguent sur des sujets ou des concepts d’une manière très libre : le pouvoir, le chef, la liberté, l’intelligence… Ils apprennent ainsi, au fil de leurs interventions successives, à s’écouter, à construire un discours, formant ainsi une « communauté de recherche ».
Peu à peu, l’atelier devient un moment privilégié où chacun réfléchit sur la parole de l’autre, où le bon et le mauvais élève sont également favorisés et entendus. Dans une époque où les enfants de tous milieux ont besoin de repères sociaux, moraux et éthiques, la philosophie n’inculque aucune morale mais leur permet de la construire
Ils seront désormais capables de penser par eux-mêmes. Mais c’est aussi l’occasion pour nous de saisir tous les « mots d’enfants » si insolites ou savoureux qui nous font entrer d’une manière originale et passionnante dans l’univers des tout-petits.
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« On sait des choses, quand même ! »
Laisser la parole aux enfants : tel est le but avoué du film, et le rôle d'une maîtresse qui s'efface au cours de la discussion, déclenchant la réflexion, suscitant les arguments, et veillant à ce que chacun ne s'éloigne pas trop du sujet. Ces ateliers n'ont pas été mis en place à l'occasion de ce film : en réalité ils existaient déjà auparavant, dans l'école d'application Jacques-Prévert, en Seine-et-Marne, où la directrice Isabelle Duflocq travaille en lien avec l'IUFM pour développer de nouvelles expériences.
Deux à trois fois par mois, assis en cercle autour d'une bougie qui inscrit ces séances dans le rituel de la maternelle, entre les siestes et la récréation, les enfants discutent autour d'un thème : c'est quoi être intelligent ? Etre libre ? Etre amoureux ? Rapidement, les réunions durant lesquelles fusent les propos les plus profonds sont celles où les thèmes abordés sont également problématiques dans le monde des adultes : l'homosexualité, la couleur de peau, la pauvreté...
Apprendre à débattre
Et comme le déclarent les réalisateurs : « Tout a décollé avec l'atelier sur la différence. A ce moment-là, le film a basculé. » En effet, car ce que l'on constate surtout, c'est une évolution dans la forme du débat : la première partie du documentaire montre les difficultés de l'enseignante face à des élèves qui se distraient rapidement, recourent à leurs propres anecdotes pour exprimer leur pensée, ce qui devient parfois incompréhensible (mais prête toujours à sourire, dans la bouche d'un enfant). On sort également de la salle de classe pour pénétrer dans le foyer de certaines familles, et c'est là qu'on comprend la raison d'un débat qui s'affirme, plus mature. Car les questionnements débutés en classe se poursuivent le soir, durant le repas, et permettent une meilleure compréhension de l'art de la disputatio : écouter l'autre et formuler des arguments. Pas toujours facile, quel que soit l'âge.
Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier rapportent
ces discussions dès la maternelle, lieu qui ne sert pas uniquement à « faire faire des siestes à des enfants » ou à « leur changer les couches », n'en déplaise à un ancien
ministre. Mais, puisque aucun commentaire d'expert n'accompagne les images, et ce, volontairement, faire reposer l'intégralité du film sur la seule parole des enfants peut parfois poser problème.
Car si, à 4 ans, on peut développer une réflexion personnelle, celle-ci nécessite du temps, et en attendant, le spectateur risque de ne conserver en mémoire que les réflexions d'une
attendrissante naïveté (« Pourquoi maman est intelligente? » Réponse : « Parce qu'elle met jamais le Nutella dans le frigo »). On regrette peut-être, face à l'importance de
l'enjeu, un léger manque de « militantisme », et la filiation, plus ou moins assumée, avec Etre et avoir de Nicolas Philibert
(2002), notamment par le biais de ces longs plans sur la ville, qui situent le documentaire dans le temps et l'espace.
Par Anne Charlotte Waryn