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A DANGEROUS METHOD
Thriller canadien de David Cronenberg avec Keira Knightley, Michael Fassbender, Viggo Mortensen (2010 - vostf - 1h39)
Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d'hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est
révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud... Cette liaison dangereuse aura des conséquences aussi inattendues que fondamentales.
Sur le papier, A Dangerous Method avait tout pour nous séduire : David Cronenberg qui s'attaque à la psychanalyse, en filmant la confrontation historique entre Carl Jung et Sigmund Freud
sur le cas de Sabina Spielrein, une jeune Russe diagnostiquée «hystérique». Le résultat est maîtrisé et brillant, peut être trop !
A l'origine, il y a
le travail d'un homme, Christopher Hampton, ce dramaturge britannique bien connu pour avoir signé le scénario
des Liaisons dangereuses de Stephen Frears. Il a d'abord fait du roman de John Kerr (A most dangerous method) une pièce de théâtre (The
Talking Cure) avant d'en écrire sa version cinématographique. Un scénario qui semblait tailler sur mesure pour David Cronenberg, ce metteur en scène d'origine canadienne, qui n'a eu de cesse
d'interroger la complexité de l'âme humaine, ses penchants pervers et sa dualité entre corps et esprit. Il ne pouvait trouver meilleur terrain d'exploration que les travaux de Carl Jung et
Sigmund Freud, qui le ramènent aux sources de ses obsessions pour son premier film à vocation historique.
Au début du XXe
siècle, Sigmund Freud et C.G Jung ont mené l'une des plus grandes batailles philosophiques de notre époque, qui donna naissance à la psychanalyse moderne. S'affrontant autour du cas de Sabina
Spielrein, tantôt patiente, tantôt maîtresse, tantôt disciple pour terminer brillante praticienne et finalement prendre parti pour l'un au détriment de l'autre, rongé par la culpabilité et la
solitude, ces protagonistes vont imprimer l'histoire de leurs idées avec au centre, une théorie sur le primat de la sexualité sur l'inconscient humain. Le ressort dramatique de A
Dangerous Method repose avant tout sur ce double enjeu, intellectuel d'un côté avec cet affrontement verbal et cette longue correspondance entre Jung et Freud, sexuel de l'autre avec les
pulsions charnelles et sado-masochistes de C.G Jung pour sa patiente.
Le récit s'ouvre sur
l'arrivée de Sabina Spielrein au cabinet de C.G Jung. La folie se dessine sur le visage de Keira Knightley, mimant l'hystérie avec une conviction certaine. Mais d'emblée, on sait que le film
empruntera le chemin de la maîtrise, préférée au terrain de l'émotion. L'actrice force le trait, grimace du mieux qu'elle peut, mais elle n'atteindra jamais la chair de son personnage. David
Cronenberg flirte avec le génie lorsqu'il inscrit les protagonistes de ce ménage à trois dans un cadre ingénieusement maîtrisé, où l'influence de l'un sur l'autre viendra s'inscrire dans la
composition du cadre final. Pourtant, et c'est là qu'on l'attendait le moins, le cinéaste se révèle plus fragile quand l'enjeu sexuel vient faire surface. En misant sur l'introduction du
personnage d'Otto Gross ( Vincent Cassel, décidément peu inspiré chez Cronenberg), ce patient sordide, pris par les
démons de la chair, qui va attirer C.G Jung dans l'antre virginal de Sabina Spielrein, le récit se ferme et glisse vers le grotesque.
Difficile à croire, mais la plus grande faiblesse du film semble venir de sa trop grande maîtrise. Maîtrise du scénario, rigide et bavard, maîtrise du cadre, flamboyant mais jamais intime, et maîtrise de ses comédiens, figés mais manquant de chair. On aurait aimé voir le trouble et la folie s'animer devant la caméra de David Cronenberg, on se contentera de cette grande intelligence qui n'a hélas rien de bien périlleuse...
Par Laure Croiset