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J'AI TUE MA MEREHubert Minel n'aime pas sa mère. Du haut de ses 16 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour/haine qui l'obsède chaque jour de plus en plus, Hubert vogue dans les arcanes d'une adolescence à la fois marginale et typique - découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l'amitié, sexe et ostracisme.

par Jean-Nicolas BernicheA 20 ans, Xavier Dolan a déjà écrit, produit et réalisé son premier film. Acteur depuis toujours, c’est l’envie de jouer, avant celle de diriger, qui l’a poussé à se lancer dans ‘J’ai tué ma mère’, oeuvre inspirée de sa propre vie. Cette histoire de matricide fantasmé touche par sa sincérité et son authenticité : le récit nage entre film d’adolescent capricieux et surprenante déclaration - à la fois d’amour, de haine, de guerre et de paix. Bien plus intelligent qu’une simple comédie sur l’incompatibilité d’humeur, ‘J’ai tué ma mère’ dit tout le ressentiment qu’un fils peut éprouver un jour ou l’autre pour ses parents. Avec érudition et un brin de prétention, entre un comique bien senti et des références littéraires brillantes, le film parvient autant à jouer le rôle de catharsis pour son auteur, à rendre justice à chacune des parties, qu’à poser un regard moins naïf qu’il n’y paraît sur des relations familiales chaotiques. Si cet exercice de style est réussi, si le jeune acteur-réalisateur québécois impressionne, ‘J’ai tué ma mère’ est aussi et avant tout un souffle d’air frais pour les spectateurs. Jeunes ou vieux, chacun se souvient avoir pensé la même chose de sa mère, avoir dit du mal de son fils, avoir eu honte de sa famille ; souvent, ça durait quelques secondes, ici, ce sont deux heures de dialogues savoureux et d’une mise en scène irréprochable. Réjouissant.