Good Morning England
De Richard Curtis • Avec Philip Seymour Hoffman, Bill Nighy, Rhys Ifans, Nick Frost, Kenneth Branagh… • Scénario : Richard Curtis • 2h15
en version origniale sous titrée
Cette folle histoire des bateaux radios qui firent connaître le rock à l’Angleterre des années 60 n’a rien d’une galère. Casting d’anthologie et musique de légende assurent le spectacle. Un véritable hymne à la liberté.
À la vue du dernier film de Richard Curtis, il apparaît que l’aventure des radios libres, dans les années 80, en France, n’était qu’un pâle écho des radios pirates qui émettaient depuis la haute mer dans l’Angleterre des sixties. Alors que la BBC ne diffusait que quelques minutes de rock par semaine, ces véritables flibustiers de l’antenne passaient en boucle des hymnes qui allaient façonner la société à venir.
Le premier plaisir du film réside dans sa BO, où les Stones, Otis Redding, The Who, Van Morrison, The Supremes, Jimi Hendrix, The Kinks ou David Bowie déchirent l’air et écrivent leur légende. Pendant ce temps, partout en Angleterre, des ados écoutent religieusement ces radios calées sur les ondes moyennes, planqués dans leurs chambres aussi loin que possible de l’autorité des parents. Le rock valait alors autant pour ses qualités musicales que parce qu’il représentait un séduisant interdit. C’est en puisant dans ses souvenirs, qu’il partageait alors avec près de 25 millions d’auditeurs, que Richard Curtis a eu l’idée de Good Morning England. Rompu à l’exercice du film choral depuis Love Actually, le réalisateur décline cette fois une galerie de DJ irrésistibles. Tous embarqués à bord d’un navire rouge sang, ils sont la voix de Radio Rock, en passe d’entrer dans la ligne de mire du gouvernement ultra-conservateur.
Pour cette histoire british jusqu’au bout des cheveux, le casting rassemble la crème de la comédie anglaise parmi lesquels Nick Frost (le complice de Simon Pegg), Bill Nighy et Rhys Ifans. Lookés comme des milords déjantés, il ne leur en faut pas beaucoup pour s’emparer de la folie des années 60, tandis que Kenneth Branagh jubile dans le rôle d’un ministre sadique mais hilarant qui a juré la mort de Radio Rock. Avec Philip Seymour Hoffman en vedette américaine, ces personnalités sont dotées d’une aura tellement forte que le risque de nous tenir à distance pouvait apparaître comme un écueil possible.
La parade de Curtis est simple : l’histoire est vue par les yeux d’un candide qui découvre en même temps que le spectateur la légende des bateaux radios. Tout est alors en place pour recevoir la formidable énergie de ce récit où, malgré l’afflux de personnalités monumentales, aucune ne prend le pas sur les autres. L’égalité de traitement apporte un peu de stabilité à cette folie filmée caméra à l’épaule, où le plaisir musical prend le relais des performances d’acteur. Le film dure plus de deux heures, mais ce voyage dans le temps passe comme un rêve, offrant l’occasion de recharger ses batteries. Exactement ce qu’on attend d’un pareil film.
Emmanuel Cirodde

