BIUTIFUL
Film espagnol de Alejandro González Iñárritu avec Javier Bardem, Maricel Álvarez, Hanna Bouchaib... (2009 - vostf - 2h17)
« Biutiful » raconte l'histoire d'Uxbal. Père dévoué. Amant tourmenté. Fils désemparé. Intermédiaire de l'ombre. Proche des disparus. Attiré par les
fantômes. Sensible aux esprits. Survivant au coeur d'une Barcelone invisible. Sentant que la mort rôde, il tente de trouver la paix, de protéger ses enfants, de se sauver lui-même. L'histoire
d'Uxbal est simple et complexe, à l'image de nos vies d'aujourd'hui.

la critique par Mathieu Menossi
Pour ses premiers pas sans Arriaga (scénariste sur les trois premiers longs métrages), Alejandro Gonzalez Iñarritu a choisi de poser ses valises. Fini les cavalcades à travers le monde ('Babel'), les structures narratives enchevêtrées ('Amours chiennes' et '21 grammes'). 'Biutiful', c'est une ville, une langue (… ou presque), un personnage et une histoire. Mais le virage artistique n'est qu'apparent.
Car derrière ce désir d'unité et de linéarité se cache un imbroglio bien plus intime et abstrait. Celui d'un homme à l'esprit tourmenté, en proie au doute et à ses contradictions, à la douleur d'un père disparu et à la peur de voir à son tour ses propres enfants manquer d'attention. Broyé par la vie, rongé par la maladie, il s'efforce de survivre, entre corruption et exploitation. Il supervise les vendeurs à la sauvette, soudoie les flics, finance un atelier d'immigrés clandestins, il se rend aux enterrements pour faire part à ceux qui restent des dernières volontés de ceux déjà partis.
Cet homme, c'est Uxbal et c'est surtout un admirable Javier Bardem, sobre et intense.
Un rôle écrit sur mesure par le réalisateur mexicain, qui se languissait de pouvoir enfin collaborer avec l'acteur. Au coeur du quartier multiethnique de Santa Coloma, à Barcelone, Iñarritu dresse un portrait singulier de la capitale espagnole : invisible, putride et délabrée, bien loin des Ramblas et du Passeig de gràcia, mais finalement tellement plus réelle.
Une Barcelone qui vit, qui gronde et qui tremble, que vient magnifier un montage nerveux, à fleur de peau. Le cinéaste capte chaque détail, place sa caméra au plus près des visages. Asphyxiant, sombre et implacable, 'Biutiful' a cette beauté précieuse des oeuvres à la puissance contenue. Une oeuvre baignée par la mort et la peur de perdre - un amour, un parent, la vie - mais dans laquelle Iñarritu parvient malgré tout à insuffler de la tendresse et l'espoir, au final, de mieux appréhender nos existences.
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

