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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 15:44
«Intouchables» avec Omar Sy (à gauche) et François Cluzet (à droite)

«Intouchables» avec Omar Sy (à gauche) et François Cluzet (à droite) © Gaumont Distribution

Intouchables, la comédie d'Eric Toledano et Olivier Nakache (voir interview ci aprés) a atteint pour ses deux premières semaines d'exploitation plus de 4 millions de spectateurs. Un nombre faramineux que Jérémie Imbert, auteur de «Les Comédies à la Française», décrypte pour 20Minutes...

Intouchables a réuni plus de deux millions de spectateurs en une semaine, et réalisé le deuxième meilleur démarrage français de l’année, après Rien à Déclarer. Ce succès était-il prévisible, selon vous?
Un tel raz-de-marée est rarement prévisible. Mais tout le monde attendait un succès parce que c’est typiquement un film qui renoue avec la grande comédie française traditionnelle, avec un binôme qui explose façon Bourvil et De Funès ou Depardieu et Pierre Richard. Là, nous avons Omar Sy et François Cluzet: l’Auguste face au clown blanc.

 

C’est le duo éternellement déglingué que l’on retrouve dans les comédies...
Oui ce sont les fameux «buddy movies» ou film de potes, avec le plus souvent un personnage très extraverti (Omar Sy en l’occurrence) et un autre pour mettre en avant les clowneries du premier (François Cluzet). La force du burlesque en général réside aussi dans le décalage de gestuelle.  Un personnage avec une gestuelle très forte face à un autre qui ne bouge pas (Pierre Richard face à un Depardieu typiquement). Dans Intouchables, c’est d’autant plus fort que l’absence de gestuelle est inscrite dans le personnage d’handicapé de Cluzet.

C’est cette histoire d’handicapés ou la dichotomie riche versus pauvre des deux personnages qui séduit le public selon vous?
La dichotomie riche versus pauvre est aussi un ressort classique du cinéma, mais en l’occurrence je pense que c’est plus sur le handicap que ça joue. Cela renforce l’opposition entre les personnages, et surtout cela repose sur une histoire vraie, ce qui a toujours tendance à toucher un peu plus les gens, à leur permettre de se projeter encore plus dans l’histoire.

 

Les deux acteurs viennent aussi de deux familles de cinéma différentes. Cela permet-il de fédérer deux types de spectateurs?
On a effectivement affaire à un grand acteur, qui va attirer les cinéphiles. Et à Omar qui vient de la télé et qui va attirer des gens qui ne vont peut-être jamais au cinéma d’habitude. Omar, c’est la nouvelle génération de comiques qui se sont fait connaître par le stand-up, la télé… Ailleurs que sur grand écran, à la Thomas Ngijol ou Jean Dujardin au début. Ces stars-là drainent souvent un public différent.

 

Ce succès d’Intouchables fait suite à celui de beaucoup d’autres comédies récemment, et le meilleur démarrage de l’année est Rien à Déclarer, autre comédie. Comment l’expliquez-vous?
Depuis quelques années, il y a un renouveau de la comédie à la française. C’est parfois un genre un peu méprisé de notre patrimoine, mais en ce moment, depuis 2005 environ, plusieurs réalisateurs apportent de la nouveauté. Nakache et Toledano, mais aussi Michel Hazanavicius, Emmanuel Mouret, dans des styles très différents. On retrouve la qualité de l’âge d’or des années 70, lorsque l’on avait Poiret, Yves Robert, Gérard Oury... Ce sont de vrais films cinématographiques avec une qualité des dialogues, des décors, de la mise en scène.

 

A quoi est dû ce renouveau selon vous?
Dans les années 80, jusqu’au milieu des années 90, la télévision a phagocyté le cinéma. Il y avait une tendance à l’époque, avec le financement des films par les chaînes de télé, à aller vers des films moins provocateurs, plus lisses. Dans les années 90, il y a eu une baisse d’inspiration, dans les thèmes et les réalisations, et les spectateurs, comme le monde du cinéma, en a peut-être assez aujourd’hui. On retrouve des comédies plus fortes. La comédie a toujours été le reflet de la société, et je crois que la société a un besoin de s’ouvrir, de se lâcher un peu. Un bon nombre de comédies le leur ont permis ces derniers temps, avec Les Emotifs anonymes, Les Femmes du 6e étage, Potiche, L’Arnacoeur, Le Nom des gens, ou Tout ce qui brille...

 

Sans compter que parallèlement à la renaissance des comédies françaises, fait pendant une baisse de régime aux Etats-Unis…
Ils font beaucoup de remakes et moins de création originale. Ils ont cette tendance à tourner un peu en rond récemment. Ils ont mis tous leurs créateurs sur les séries TV, et là ils sont incontestablement les meilleurs. En comédies, quelques grands comme Judd Apatow demeurent, mais Hollywood devient frileux et met ses billes sur des blockbusters. On est meilleurs et ils sont moins bons, cela creuse vraiment l’écart.

 

Jérémie Imbert est l'auteur avec Christophe Geudin de l'ouvrage Les Comédies à la française chez Fetjaine.


Charlotte Pudlowski
Olivier Nakache, réalisateur (avec eric Toledano) d'«Intouchables»

Olivier Nakache, réalisateur (avec eric Toledano) d'«Intouchables» Mark Mainz/AFP

Le co-réalisateur d'«Intouchables» revient sur le succès de son film...

Intouchables est le quatrième film qu’Eric Toledano et vous réalisez ensemble. Vous aviez senti que quelque chose de particulier allait se passer sur celui-ci?
On n’attend jamais un succès pareil, on n’ose pas l’espérer. Mais pendant toute la tournée province, les avant-premières, les réactions étaient différentes de celles des autres films. On avait l’impression d’un enthousiasme en plus. On s’était dit tiens, peut-être que ça peut rencontrer le public.


Comment se traduit l’enthousiasme du public?
Les gens disent que le film fait du bien. C’est ce que les spectateurs nous disent à la sortie des projections. Ou alors qu’ils aiment l’esprit du film aussi. Un père est venu me voir tout à l’heure par exemple, il a vu le film avec son fils, et il m’a dit «moi j’essaie de l’élever en lui inculquant certaines valeurs et en 1 heure 52, vous avez réussi à lui dire des choses clairement, simplement».


A quoi est dû ce succès selon vous?
L’histoire est émouvante, c’est une histoire extraordinaire, d’autant plus qu’elle est vraie: nous on n’aurait jamais osé l’écrire. Il y a de l’émotion, de l’humour. Surtout c’était un film d’acteurs et on été servi sur un plateau en or. On a écrit le film pour Omar et on a eu la chance d’avoir Cluzet en face qui a accepté de lui donner la réplique. C’était le casting idéal: un duo aussi décalé ça étonne, et je pense que les gens en ont assez des castings attendus. Mais peut-être qu’il faudra un ou deux ans avant de vraiment appréhender le succès. Là on ne fait que profiter, on est super heureux.


Ce succès s’inscrit dans une rentrée qui va drôlement bien pour le cinéma français.
Je suis hyper fier d’être dans ce wagon là: beaucoup de films de cet automne ne donnaient pas envie sur le papier: une tumeur pour La Guerre est déclarée, une brigade des mineurs pour Polisse, un handicapé pour Intouchables… Résultat? Les gens y vont. Ils y courent même. Donc on peut niveler le public par le haut, lui proposer des choses. Et puis tous sont des films en 2D! Les gens ont envie qu’on pète les codes, qu’on ose. Et ils ont envie de se marrer.


Vous quelles sont les comédies qui vous ont plus ces derniers temps?
Tout ce qui brille parce que c’est ma sœur! Sinon récemment, Case départ ça m’a fait marrer. Et moins récemment, Le nom des gens c’était drôle, touchant, léger. C’était super.

Charlotte Pudlowskif de "20 Minutes.fr"

Publié dans : News - Par Ciné CVL Palace
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